Les prairies

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Prairie-fleurie_Philippe-Massit/OFB
Prairie fleurie (P.Massit/OFB)

Issues d’un équilibre intime entre conditions écologiques et pratiques agricoles et pastorales, les prairies représentent près d'un tiers de la surface agricole en France. Parmi elles, les prairies semi-naturelles ont un fort intérêt patrimonial, environnemental et agricole. Cependant, depuis plusieurs décennies, elles disparaissent. Et le processus pourrait s’accélérer sous l’effet du changement climatique. Préserver les prairies est un enjeu majeur, autour duquel l'OFB et ses partenaires se mobilisent.

Les prairies dans le paysage français

À l'échelle mondiale, les prairies représentent 36 % des surfaces continentales, soit à peu près autant que les forêts et que les terres arables.

En France, elles font partie intégrante des paysages ruraux et sont présentes dans des territoires diversifiés :

  • zones de reliefs, moyenne ou haute montagne où dominent prairies et alpages et transhument les troupeaux,
  • zones herbagères de plaine, avec des surfaces toujours en herbe au sens agronomique du terme,
  • zones mixtes de culture et d’élevage au sein d’exploitations qui combinent céréales avec des ateliers d’élevages laitiers ou allaitants.

La surface des grands espaces de prairies permanentes a diminué de 7,9 % en métropole entre 2000 et 2010 (source naturefrance.fr).

Paysage prairial (Perera.S/CBN Massif Central)
Paysage prairial (S.Perera/CBN Massif Central)

Services rendus

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Vallée du Fossat (S.Perera/CBN Massif Central)
Vallée du Fossat (S.Perera/CBN Massif Central)

Les prairies rendent de nombreux services - économiques, culturels, environnementaux - tant au niveau de l’exploitation agricole qu’au niveau du territoire.

Des services économiques

Les prairies contribuent à la production animale et à la performance économique des exploitations. Elles sont une modalité d’occupation qui est la conséquence d’une production animale associée, qui utilise la biomasse produite et en assure la valorisation économique.
De nombreuses études ont montré qu’augmenter la diversité au sein des prairies a des effets bénéfiques sur la production de biomasse et sa stabilité face aux aléas, augmente la qualité des fourrages, permet de limiter les intrants et participe de manière significative aux revenus des agriculteurs.

Des services environnementaux

Les prairies assurent d’autres fonctions essentielles, comme limiter l’érosion des sols et les pollutions diffuses, et participer à l’atténuation des effets du changement climatique (entre 15% et 30% du carbone global est stocké dans leur sol). Elles représentent la majorité des éléments fixes des paysages et contribuent au fonctionnement des paysages agricoles. Leur qualité en termes de diversité spécifique mais aussi de couverts hétérogènes apparait comme un paramètre essentiel pour maximiser leurs effets sur les services écosystémiques qu’elles soutiennent, comme la pollinisation ou la régulation des bio-agresseurs.

Un élément clé de la transformation agroécologique

Leur maintien dans le temps et dans les territoires constitue un facteur clé pour la construction de systèmes économiques viables, flexibles et sécurisés, contribuant à un environnement préservé. À l’image des infrastructures agroécologiques, elles favorisent une faune et une flore diversifiées et abondantes qui favorisent à leur tour les pollinisateurs et les auxiliaires des cultures. Elles participent ainsi au maintien des rendements agricoles et à leur stabilité.
 

La préservation des prairies dans les systèmes agricoles français nécessite de développer leurs atouts économiques par des modes d’exploitation adaptés qui valorisent la biodiversité, notamment dans un contexte de changement climatique, et de les valoriser auprès des consommateurs et des collectivités. Le concours des pratiques agroécologiques Prairies et Parcours vise à les mettre en lumière auprès du grand public.

Un concours des pratiques agroécologiques

Le concours Prairies et Parcours a été créé en 2010 par les Parcs nationaux et les Parcs naturels régionaux de France. Elargi à l’ensemble du territoire national, il intègre le Concours général agricole en 2014. Il est depuis piloté par la Chambre d’agriculture France auprès des 50 territoires concernés chaque année. Soutien du concours, l’OFB participe à la remise des prix.

Pressions subies par les prairies

Des pressions à l'oeuvre

  • L’intensification des pratiques agricoles (surpâturage, utilisation d’intrants, fauche précoce jusqu’au labour) et l’homogénéisation des pratiques à l’échelle de petites régions. En Franche-Comté, les prairies mésophiles sont à plus de 50 % dégradées par des pratiques agricoles non adaptées. On notera particulièrement le broyage des sols aux casse-cailloux, qui remonte à la fin des années 1990 et est en plein essor dans les prairies et pâturages du massif jurassien. Les prairies humides sont aussi menacées par les changements de régime hydrique.
  • La fermeture naturelle des prairies suite à l’abandon de pratiques agricoles. Les surfaces embroussaillées ont gagné 6,5 M d’ha en France depuis 1970. Cette fermeture des milieux est en grande partie liée à la disparition d’activités agro-pastorales. Elle touche principalement les prairies mésophiles à moindre potentiel productif ou éloignés des exploitations, les prairies humides et les prairies alpines et subalpines.
  • L'artificialisation. D’après les indicateurs de l'Observatoire national de la biodiversité (ONB), 55 271 ha de prairies ont été perdus par artificialisation entre 1990 et 2018.
  • Une fragmentation des prairies. Cette fragmentation augmente les distances entre « patchs » de prairies au sein du paysage, constituant une menace pour leur conservation. La diminution et l’éloignement des surfaces renforcent l'effet des perturbations, comme la pollution ou l’envahissement d’espèces invasives. L’homogénéisation des habitats entourant les patchs de prairies a un effet négatif sur le potentiel de dispersion des espèces des prairies et entraîne donc une baisse des migrations d’espèces entre les îlots de prairies restants.

Et à venir

Le changement climatique représente un risque fort de nouvelles disparitions de prairies, principalement du fait de la variabilité interannuelle de production fourragère qu’il est susceptible d’engendrer (en cas de sécheresses ou canicules par exemple). Les capacités de résilience des systèmes pastoraux paraissent être un point faible dans la stratégie de conservation de la biodiversité, dans la mesure où de nombreuses espèces prairiales pérennes ont des banques de graines transitoires et des capacités de dispersion limitées.

Des effets déjà visibles

L’impact d’une sécheresse exceptionnelle comme en 2003 sur la biodiversité des systèmes pastoraux est susceptible de modifier les communautés sur un pas de temps relativement long. Les sécheresses répétées entre 2018 et 2020 ont augmenté la dépendance des agriculteurs à l’égard du fourrage produit en dehors de la ferme. Pour s’adapter, les éleveurs mettent en place différentes stratégies qui jouent sur l’équilibre entre l’abandon des parcelles, le surpâturage, l’accroissement de la fertilisation ou la conversion des prairies permanentes en prairies temporaires, voire en culture annuelle. De même, les prairies alpines et subalpines pourraient subir les effets du réchauffement climatique à travers une saison hivernale plus courte augmentant la période de pâturage.
De tels changements de l’utilisation des terres et des modes de gestion ne valorisent pas la biodiversité, modifient l’équilibre des services environnementaux et fragilisent la résistance à long terme des prairies face au changement climatique.

Menaces et état de conservation

Les prairies naturelles et semi-naturelles sont l’écosystème le plus menacé à l’échelle mondiale et subissent une dégradation généralisée de leur état écologique.
 

Chiffres de la liste rouge européenne des habitats terrestres et aquatiques

  • 30 % des habitats de prairies classés vulnérables,
  • 17 % classés en danger,
  • 6 % classés en danger critique d’extinction.

En Europe, le rapport concernant la directive habitats sur la période 2013-2018 indique que l’état de conservation des habitats de prairies enregistre une tendance à la dégradation liée au déclin des pratiques agricoles extensives dans l’Union européenne.


En France, l’état de conservation est défavorable-mauvais pour 4 types de prairies :

  • les prairies à Molinia sur sols calcaires, tourbeux ou argilo-limoneux (Molinion caeruleae - fiche INPN n°6410),
  • les prairies humides méditerranéennes à grandes herbes du Molinio-Holoschoenion (fiche INPN n°6420),
  • les prairies maigres de fauches de basse altitude (Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis - fiche INPN n°6510),
  • les prairies de fauche de montagne (fiche INPN n°6520).

Vers un plan d'actions en faveur des prairies

Face à la réduction continue des surfaces de prairies naturelles et à la perte progressive de leur biodiversité, l’OFB, le réseau des Conservatoires botaniques nationaux et l’INRAE proposent d'élaborer un plan d’actions avec leurs partenaires. Ce plan s’inscrit dans la volonté de l’OFB d’accompagner la transition agroécologique. Sa rédaction sera organisée courant 2022.

Les objectifs du plan

  • Proposer des actions structurantes d’observation et de surveillance des prairies, mises en cohérence à l’échelle nationale,
  • Accompagner le déploiement d’actions de renforcement des connaissances, de conservation ou de restauration à l’échelle des territoires.

Un premier rendez-vous en 2021 pour co-construire le plan

[Restitution] Vers un plan national en faveur de la conservation des prairies naturelles | Evénement |

Favorables à la préservation des espèces et de la qualité de l’eau, les prairies naturelles sont menacées. Ce séminaire a permis de mettre en commun les actions de connaissance, de gestion, de restauration sur les prairies, tout en faisant ressortir les nouveaux besoins notamment dans le contexte des changements globaux.

 2021_Seminaire_Prairies_naturelles

En savoir plus

Définitions et histoire des prairies

Prairies naturelles et semi-naturelles

Des prairies naturelles (primaires) sont recensées au niveau de la zone paléarctique (région comprenant l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Asie septentrionale). C’est le cas des steppes, des prairies alpines et arctiques et des prairies azonales. Leur évolution est bloquée par des facteurs biotiques (pâturage des animaux sauvages), géomorphologiques, climatiques ou édaphiques naturels (non anthropiques).

Les prairies semi-naturelles correspondent à un pool naturel d’espèces dont l’assemblage dépend des pratiques agricoles. En Europe, elles font partie des écosystèmes les plus diversifiés. Il n’est pas rare d’observer entre 20 et 60 espèces de plantes à l’échelle du mètre carré. Elles ont pour origine généralement un défrichement ancien ou parfois un semis qui remonte à quelques décennies. Elles font l’objet de fauches, de pâtures ou de gestion mixte.

Les prairies à flore diversifiée ou prairies fleuries désignent l’ensemble des prairies naturelles et semi-naturelles sur lesquelles des pratiques agricoles de qualité permettent le maintien d’une flore diversifiée.

Prairies permanentes et temporaires

Le terme de prairie permanente est une dénomination administrative et juridique (article 4 du règlement UE n° 1307/2013 établissant les règles relatives aux paiements directs) : « est prairie ou pâturage permanents toute surface dans laquelle l’herbe ou d'autres plantes fourragères herbacées prédominent depuis cinq années révolues au moins (sixième déclaration PAC ou plus) ; sont également prairies permanentes les landes, parcours et estives, même pour les surfaces adaptées au pâturage et relevant des pratiques locales établies dans lesquelles l’herbe et les autres plantes fourragères herbacées ne prédominent pas traditionnellement. Toute prairie temporaire qui n’a pas été déplacée (même si elle a été entre temps labourée et ré-ensemencée) devient prairie ou pâturage permanents au bout de cinq ans révolus ».

Les prairies temporaires sont des superficies à base d’herbacées (graminées, légumineuses) fourragères. Elles peuvent être semées en culture pure (ray-grass anglais, dactyle...) ou en mélanges de graminées fourragères ou de graminées fourragères mélangées à des légumineuses fourragères. Elles sont exploitables en fauche et/ou pâture. Leur flore est composée d’au moins 20 % de graminées semées. Ces prairies sont dites temporaires jusqu’à ce qu’elles aient donné six récoltes, c’est-à-dire jusqu’à leur sixième année d’exploitation. À partir de leur septième récolte (ou année d’exploitation), elles sont assimilées à des surfaces toujours en herbe (STH).

Histoire des prairies

L'origine des milieux ouverts en Europe de l'Ouest fait débat depuis le début du XXe siècle.

Ces milieux sont généralement considérés comme le résultat d'ouvertures et de l’impact du pâturage par les herbivores sauvages dès le Néolithique (4500 à 1800 BC). Mais la flore des prairies calcicoles auraient pu apparaître dès la dernière glaciation (13 000 à 10 000 BC) et persister dans le temps. À travers l'étude des charbons, Dutoit et al. (2009) révèlent l'existence de feux depuis le milieu de l'Holocène en Haute-Normandie. Ces feux seraient expliqués par la création de pâturages pour les chèvres et les moutons. Des prairies vosgiennes ont existé au moins à partir de la fin de l'âge de fer.

À partir du XIXe siècle, un mouvement d’expansion de l’élevage se produit en France. Mais, à partir de 1960, une transformation s’opère au profit des productions végétales et notamment des grandes cultures, conduisant à un fort recul des systèmes de polyculture-élevage. Ce recul est observé dans le bassin parisien, puis dans le Centre et le Poitou-Charentes, dans le Sud-Ouest, en Alsace et dans le Nord-Pas-de-Calais. On assiste alors à une diminution continue des surfaces allouées aux prairies sous l’effet de l’évolution des productions animales herbivores, mais aussi des politiques publiques agricoles (Plantureux et al., 2012 ; Pottier et al., 2012).

La réforme de la politique agricole commune (PAC) de 1992 a introduit les aides aux moyens de production, les droits à paiement unique (DPU) puis les deux piliers et la notion d’éco-conditionnalité et de verdissement. Ces dispositifs ont freiné la régression des prairies permanentes mais sans la stopper. Les politiques ont été déployées au bénéfice de la production, ce qui a plutôt favorisé les fourrages annuels. Durant la seule période 2009-2010, les surfaces déclarées en prairies permanentes ont diminué de 3 %, soit 195 000 ha en moins, toutes régions confondues. Cette chute correspond en partie à une anticipation du renforcement, en 2010, des bonnes conditions agro-environnementales (BCAE) sur la gestion des surfaces en herbe (CGDD, 2013). Au niveau des parcelles, cette évolution s’est traduite par des retournements de prairies anciennes.

À l’échelle nationale, le constat est la disparition progressive et continue des végétations à flore diversifiée dans le parcellaire agricole. Cet effondrement affecte particulièrement la biodiversité ordinaire et a des conséquences importantes à l’échelle paysagère (Le Provost et al. 2020 PNAS).