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Suivi de l’Ours brun - Indices de présence

Comme pour le loup et le lynx, le suivi de l’Ours brun des Pyrénées est une mission d’intérêt public, confiée à l’Office français de la biodiversité (OFB) par le ministère en charge de l’écologie. Cette mission vise à produire un état des lieux solide de l’état de conservation de la population et à éclairer le processus de décision en matière de conservation et de gestion de l’espèce.

De nature discrète, l'ours est difficile à observer. Les individus vivent en petit nombre sur de très grands territoires et sont essentiellement nocturnes. Leur suivi nécessite de rechercher des indices indirects de leur présence, tels que des poils, crottes ou empreintes. Laissés par l’animal, ces indices n’induisent pas d’intervention sur l’animal, de capture notamment.

L’OFB anime un réseau multi-partenarial d'observateurs, le réseau Ours brun (ROB), qui collecte sur le terrain des indices de présence de l'ours sur l’ensemble des Pyrénées françaises. Une fois analysés, ces indices permettent d’évaluer annuellement l’aire de répartition géographique, l’effectif de la population, et d’autres paramètres démographiques (survie, reproduction) utilisés pour réaliser diverses études scientifiques.

Les usagers de la montagne qui ne font pas partie du réseau Ours brun peuvent également faire remonter leurs observations au réseau (contact : stgaudens (a) ofb.gouv.fr). Des conseils pour le relevé des indices sont détaillés ci-après.

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Observation directe d'ours (mâle et femelle), avec comportements de rut (F. Martin/ROB)

Observations visuelles d'individus

Les observations directes d’ours sont rares et, en général, rapides, lointaines, avec de mauvaises conditions de lumière et un animal en mouvement. La difficulté est d'identifier les critères de détermination de l’ours et de répondre rapidement à 5 questions :

  • quelle est la taille de l’animal ?
  • ai-je pu observer des caractéristiques frappantes au niveau de sa silhouette ?
  • ai-je pu observer des particularités au niveau de son pelage ?
  • ai-je pu observer les oreilles et/ou la queue ?
  • que dire de son comportement ?

L’ours présente des caractéristiques spécifiques qui permettent de le distinguer des autres espèces sauvages. Cependant, les confusions sont régulières, en particulier à grande distance, avec le sanglier. Les oursons peuvent être confondus avec la marmotte et le renard. Les observations d’ours sont validées par le ROB uniquement si un indice indirect associé à l’animal est trouvé sur le lieu de l’observation.

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Voie d’homme et voie d’ours (OFB)

Traces

Voies et empreintes

C’est sur un sol meuble ou enneigé, en entrée ou sortie de tanière, que la découverte d’une voie (piste) d’ours est la plus facile. La largeur de la voie est frappante : 30 à 40 cm de large entre les centres des empreintes. Un examen technique (forme et taille de l’empreinte, photo avec échelle et dessin des empreintes, etc) est nécessaire, il est généralement réalisé par un membre du ROB.

Si vous êtes usager de la montagne non spécialiste, vous pouvez prendre une photo générale de la voie de l’ours et des photos en gros plan des empreintes (idéalement empreintes de patte avant et arrière) avec un objet servant d’échelle (pièce, clé, portable, stylo…). La photo en gros plan devra être prise bien d’aplomb à la verticale de l’empreinte pour pouvoir être exploitable.

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(OFB)

Les caractéristiques d’une empreinte d’ours sont :

  • pour la patte avant (en haut sur la photo), la présence de 5 doigts alignés sur un arc de cercle assez ouvert et d’une paume, le talon est rarement visible ;
  • pour la patte arrière (en bas sur la photo), l’ensemble de la plante du pied est au contraire bien visible ;
  • la longueur des griffes permet de bien distinguer une patte avant d’une patte arrière ;
  • les confusions sont possibles avec le blaireau, autre plantigrade (la taille des empreintes notamment permet en général une différenciation).
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Griffades d’ours sur un sapin en bord de sentier (OFB)

Griffures

Les griffures (ou griffades) d’ours sont en général effectuées avec les pattes avant, souvent de chaque côté d’un arbre (comportement de marquage).

Les griffures sont parallèles, régulièrement espacées de 2 à 4 cm les unes des autres et en forme de virgules, contrairement aux marques des cervidés qui sont verticales et espacées anarchiquement.

Dans certains cas, si l’ours grimpe sur l’arbre, il peut laisser des marques avec ses pattes arrières plus bas sur l’arbre.

Restes alimentaires

Carcasses de faune sauvage

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Sanglier prédaté par l’ours Balou en 2009 (OFB)

Les carcasses de proies sauvages, prédatées ou charognées, constituent un signe de présencede l’ours sur un territoire. S'il n'est pas dérangé, l’ours peut venir se nourrir sur sa proie pendant 3 à 7 jours, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à manger. Dans certains cas, il recouvre le cadavre pour le dissimuler de la vue d’autres charognards (renards, sangliers, vautours, aigles, corvidés…).

Devant une proie fraichement tuée, il est important de s’assurer que l’ours n’est pas à proximité, pour éviter qu’il déclenche un comportement de protection de sa proie (charges d’intimidation).

Pour confirmer qu'il s'agit bien d'une prédation d'ours, il faut rechercher des indices à côté ou sur la carcasse (empreintes, poils, excréments). La prise de photo de signes de prédation (perforations, hématomes) et de consommation sur la carcasse peuvent aussi donner des indications. Cependant, les carcasses étant rapidement dégradées par d’autres animaux charognards, le relevé des éléments techniques et l’identification de la cause de la mort sont souvent compliqués.

Carcasses de bétail domestique

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Attaque caractéristique d’une brebis par l’ours (OFB)

Les carcasses d’animaux domestiques (ovins, équins, caprins, ruches) attaquées ou charognées par l’ours constituent un signe de sa présence.

Pour valider une déprédation par un ours, le cadavre de l’animal doit être expertisé par des agents habilités de l’OFB. Après l’appel de l’éleveur ou du berger, l’animal fait l’objet d’un constat de dommage qui est ensuite instruit par les services de l’État (DDT(M)).

En zone cœur ou d’adhésion du Parc national des Pyrénées, les agents du parc se chargent de l’ensemble de la procédure.

Autres éléments

Pierres retournées

L’ours recherche des larves d’insectes sous les pierres. Le retournement d’une pierre d’une taille importante peut être une indication du passage d’un ours, mais seule la présence d’un autre indice associé (poil ou empreinte) permet de le confirmer.

Fourmilière et essaim d’abeilles ou de guêpes éventrés

Plus que les fourmis et abeilles adultes ou le miel, l’ours recherche les larves. Il éventre la fourmilière ou l’essaim pour accéder au couvain. Là aussi, la présence d’un autre indice (poils, traces de griffes, empreintes) associé est nécessaire pour confirmer que l’ours en est bien à l’origine, d’autres animaux comme le sanglier ou le blaireau peuvent avoir ces comportements alimentaires.

Zones de repos et d'hibernation

Couches diurnes

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Couche de l’ourse Sorita (OFB)

En raison de son rythme essentiellement crépusculaire et nocturne, l’Ours brun passe une partie de la journée (variable selon la saison, l’âge et le sexe de l’individu) à se reposer sur sa couche diurne. Le plus souvent, elle est située dans des zones difficiles d’accès (escarpées, broussailleuses).

Caractéristiques :

  • la couche est circulaire, d’environ 1 m de diamètre, généralement creusée dans le sol sur une profondeur de 10 à 30 cm et constituée d’une litière de feuilles, d’herbes ou de branchages
  • elle est souvent située au pied d’un arbre et/ou sur un petit promontoire afin que l’ours puisse voir arriver plus facilement le danger.

Tanières

Les ours hibernent de novembre-décembre à février-avril (avec des variations selon le sexe, le statut reproducteur des femelles, les conditions climatiques) dans une tanière généralement située dans une zone difficile d’accès leur assurant la quiétude.

La tanière est plus ou moins bien élaborée en fonction du sexe de l’animal. Les femelles choisissent des tanières plus abritées que les mâles afin de protéger leurs oursons qui naissent à l’intérieur fin janvier/début février pendant l’hibernation.

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Tanière de l’ourse Ziva,1997-1998, vue de l’intérieur (OFB)

Le plus souvent, les ours utilisent comme tanières des anfractuosités rocheuses naturelles. Ils peuvent aussi creuser des terriers à même le sol, ou installer leur tanière dans un chablis (arbre abattu), sous une souche, sous une dalle rocheuse ou encore sous une simple dépression du sol comparable à une couche diurne. Ils accumulent en général de la végétation (feuilles, herbes, branchages) pour se confectionner une litière.

Contrairement aux marmottes qui entrent en dormance profonde, sans aucun niveau de vigilance, pendant l’hibernation, les ours entrent simplement en léthargie avec maintien des capacités de perception de leur environnement. Ils peuvent occasionnellement se réveiller et quitter momentanément la tanière pour prendre l’air lors de journées ensoleillées avec un radoucissement des températures. Les ours changent en général de tanière d’une année sur l’autre.

Il est important d’éviter de déranger l'ours lors de cette période sensible. Il pourrait alors abandonner sa tanière, ce qui peut avoir un impact négatif non négligeable sur la survie et la reproduction (forte dépense d’énergie), en particulier pour les femelles suitées et leurs oursons. C’est également une situation à risque pour l’homme qui peut déclencher de l'agressivité chez l'animal.

Cris / grondements

Cet indice reste difficile à identifier de manière formelle : les vocalisations des ours sont sourdes, peu audibles et portent peu. Des confusions sont fréquentes avec d’autres espèces sauvages comme les cervidés et sangliers.

À noter : en raison de l’absence de critère objectif pour décrire un son, les cris ne sont pas considérés comme des indices de présence exploitables par le ROB. Ils doivent être nécessairement confirmés par des indices de présence associés, trouvés à proximité du lieu où le grondement/cri a été entendu.

Exemples de communications sonores (monter le son)

Fichier audio

Les vocalisations d’un ours de 16 mois qui semble appeler sa mère. Situés dans le parc animalier de Borce (64), ils viennent d’être séparés, afin de déplacer le jeune dans un autre parc. (Prise de son OFB)

 

[Vidéo à écouter] Une ourse suitée de 2 oursons de l’année semble renifler la caméra et communiquer avec ses oursons.
(réseau Ours brun / vidéo automatique du 30 mai 2018, Bonac Irazein en Ariège)

Dans la nature, la communication entre individus est discrète, contrairement aux idées reçues.

 

Indices biologiques

Seuls les excréments et les poils d’ours font l’objet d’une analyse génétique spécifique qui permet de confirmer l’espèce et d'identifier l’individu avec son profil génétique, son sexe et sa filiation avec les autres ours.

Excréments

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Crotte d’ours mâle adulte, composée de fragments de pommes (OFB)

Caractéristiques :

  • volume important et gros diamètre, selon le type d’individu
    • ours adulte et subadulte : diamètre de 3 à 7 cm, longueur de 5 à 10 cm
    • ourson de 6 mois : diamètre d’environ 1,5 cm, comparable aux fèces de renard
  • présence d’éléments mal digérés
  • formes variables suivant l’alimentation : boudinée, cordée, diarrhéique (bouse)
  • contenu très variable suivant la période de l’année : herbe, glands, noisettes, faines, myrtilles, framboises, fourmis, restes carnés…
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Crotte d’ourson de 8 mois, composée de myrtilles et de restes carnés (OFB)

 

 

 

En général, la fibre végétale et les fruits sont mal digérés. Les boudins sont bien formés et sans extrémités pointues. Le volume est en général assez important et l’odeur non repoussante si la crotte est composée de végétaux. La présence de poils d’ours (léchage) peut aider à l’identification.

Recueil : ces indices doivent être ramassés dans un sac plastique hermétique et sans être touchés avec les doigts pour pouvoir faire l’objet d’analyses génétiques.

Poils

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Poils d’ours accrochés à un piège à poil (OFB)

 

Caractéristiques :

  • longs (entre 5 et 10 cm), fins, ondulés et clairs aux deux extrémités
  • des critères spécifiques relevés sur différentes portions du poil permettent leur discrimination au microscope optique.

Recueil : les poils sont souvent laissés par les ours lorsqu'ils se frottent aux arbres pour communiquer avec leurs congénères (comportement de marquage). Ils sont collectés dans une enveloppe à l’aide de gants et d’une pince à épiler désinfectée au préalable pour pouvoir être analysés.

Outils de suivi de la présence de l'ours

Fiches Indices

Le ROB est constitué de personnes volontaires, professionnelles ou bénévoles, appartenant à des horizons socio-professionnels diversifiés et formées au relevé d’indices de présence d’ours. Tous les indices collectés par les membres du réseau sont consignés sur des fiches spécifiques, appelées fiches indices.

1. Ces fiches sont transmises de façon standardisée par les membres du ROB aux animateurs du réseau.

2. Les fiches sont analysées afin de vérifier le respect du protocole de collecte des indices, puis évaluées au regard du nombre et de la cohérence des critères relevés.

3. Une fois validés, les indices de présence permettent de calculer chaque année :

  • le nombre d’ours et la composition (en sexe et en classe d’âge) de la population ;
  • son aire de présence et son évolution.

Ces éléments, complétés par ceux collectés par les services espagnols et andorrans, permettent d’évaluer le statut de conservation de l’Ours brun dans les Pyrénées.

Fiche événements

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Le site Infos Ours des Pyrénées met à jour quotidiennement (hors week-end et jours fériés) une fiche événements qui reprend l’ensemble des indices de présence potentiels qui ont été signalés au ROB et qui ont pu être vérifiés ou non.

Une conclusion quant à sa validité comme indice de présence d’ours, « confirmé, « probable », « douteux » ou « faux », est donnée à chaque indice qui a pu être vérifié, le jour même ou quelques jours après sa transmission, en fonction des éléments nécessaires à leur vérification.

Si les éléments ne sont pas suffisants pour statuer ou si l’observateur n’a pu être retrouvé pour le relevé de son témoignage, l’indice est classé « expertise impossible ».