Site français  Site anglais

Veille sur les changements de distribution et d'abondance d’espèces à enjeux

De nombreuses données d’observation de la faune et de la flore sont collectées de manière « opportuniste » (= sans protocole dédié) depuis plusieurs années dans les espaces naturels protégés.

Les cartes de distribution produites à partir de ces données font apparaître des concentrations d’espèces dans les zones les plus fréquentées par les observateurs alors que d’autres secteurs sont vides d’observations. Ce déséquilibre est particulièrement marqué en montagne où les accès sont contraints par le relief et la présence de sentiers.

Conscients de ce biais, plusieurs espaces naturels protégés souhaitent s’engager dans une stratégie d’acquisition de données de manière plus systématique et standardisée pour suivre les tendances de l'occupation et/ou de l'abondance d'espèces à enjeux. Elle nécessite bien souvent une connaissance préalable de la détectabilité des espèces et taxons à suivre. Un état des lieux robuste permettra ainsi de mieux détecter des changements dans le futur, d’identifier des pressions éventuelles et y remédier le cas échéant.

Travaux en cours

Phyllodactyle d'Europe (2)
Phyllodactyle d’Europe © T. Couturier

Suivi des tendances de l'occupation de l'espace par une espèce rare et cryptique : le Phyllodactyle d’Europe (PN des Calanques et de Port-Cros) 

Dans le cas d’espèces rares et cryptiques, il est essentiel d’optimiser les chances de détecter les individus selon leurs rythmes d’activité et leur occupation de l’espace. 

Le Phyllodactyle d’Europe (Euleptes europaea) est un gecko méditerranéen dont la distribution française est restreinte et morcelée en de multiples populations isolées. Il fait face à des menaces multiples : progression de la couverture forestière, introduction d’espèces exotiques envahissantes (autres geckos, rats…), travaux de réhabilitation de bâtiments, etc. 

Les individus sont difficiles à observer en raison de leur petite taille, de leur mimétisme et de leur activité exclusivement nocturne. En journée, ils trouvent abri dans les fissures rocheuses où ils sont parfois visibles. Il est donc important de bien caractériser l'impact de la détection sur les connaissances de la distribution de cette espèce. 

Une étude-pilote basée sur des prospections réalisées de jour et de nuit a été menée sur les îles du Frioul et de Porquerolles. Les résultats permettront de proposer un protocole étendu aux autres îles et îlots des deux parcs nationaux afin de suivre des changements d'occupation de l'espace par cette espèce sur le moyen-long terme.

Consulter le rapport d'étude :

Suivi des tendances de l’occupation de l’espace par une espèce rare et cryptique : l’Eulepte d’Europe Euleptes europaea dans les Parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros | Rapport d'étude | novembre 2020

L’Eulepte d’Europe est un gecko méditerranéen dont la distribution française est fortement localisée. Il fait face à des menaces multiples. Les Parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros souhaitent suivre les tendances des populations qui y vivent. Ce rapport s'intéresse à l’occupation spatiale de l’espèce.

 2020_Rapport_Eulepte_couv.png

Suivi de l’évolution de l’abondance du pic de la Guadeloupe (Melanerpes herminieri) (PN de la Guadeloupe)

Pic de la Guadeloupe © M. Dumoulin
Pic de la Guadeloupe © M. Dumoulin

Le pic de la Guadeloupe (Melanerpes herminieri) est le seul pic sédentaire des Petites Antilles et l’unique oiseau endémique de la Guadeloupe. Il est classé « presque menacé » selon l’UICN France. Pour réévaluer régulièrement son statut, il est important de s’appuyer sur des estimations de tendances d’abondances les plus précises possibles. 

Un protocole basé sur des parcours de transects dans différents milieux parcourus à pied a été initié en 2009 sur l’emprise du PN de la Guadeloupe. La collecte des données est assurée chaque année par les agents du parc national, avec un temps dédié important. Cependant, les données collectées jusqu’à présent n’ont été que très peu analysées et l’établissement s’interroge sur la capacité du protocole à répondre aux questions posées. 

Pour évaluer le protocole, il semblait dans un premier temps primordial d’analyser les données historiques collectées. Pour cela, nous avons utilisé des méthodes récentes (N-mixture dynamique). Les résultats doivent permettre d’orienter les décisions du PN quant à la poursuite du protocole et son éventuelle évolution, ou sur son abandon.

Premiers résultats attendus en 2020

Suivi des tendances des effectifs nicheurs de Crabier blanc (Ardeola idae) par survol en drone des colonies de reproduction de Mayotte (Parc naturel marin de Mayotte)

Crabier blanc drone Mayotte
Vue sur la colonie de Crabiers depuis un drone

Le Crabier blanc est une espèce d'ardéidé classée « en danger d’extinction » à l’échelle mondiale. La population nicheuse française, composée de plusieurs dizaines de couples sur Mayotte, fait l’objet d’un Plan national d’action.

Le Parc naturel marin (PNM) de Mayotte souhaite mettre en place un indicateur des tendances de la population nicheuse de l’île qui soit le plus précis possible et obtenu à coût raisonnable. Depuis quelques années, les effectifs sont estimés par photo-interprétation de clichés réalisés par drone une fois par mois tout au long de la période de reproduction. Ces suivis des colonies nicheuses sont assurés par le GEPOMAY, association ornithologique locale.

L’utilisation de ces techniques offre de nombreuses possibilités pour répondre à cette question compte-tenu de l’inaccessibilité des nids à l’observation par voie pédestre. Toutefois, certaines limites, liées aux technologies, au contexte local, et à l’écologie de l’espèce, interrogent sur les variables à suivre sur les colonies.

La technique de photo-comptage est également utilisée chez les sternes voyageuses, migratrices sur l’île de Mayotte. L’ensemble des reposoirs sont photographiés lors de survols par ULM deux fois par mois pendant la période de présence de l’espèce. Le PNM se questionne également sur des évolutions possibles de ce protocole en vue d’estimer les tendances des effectifs à moyen-long terme.

Premiers résultats attendus en 2021

Evaluation de la tendance d'évolution des populations de Chiroptères à enjeux sur le réseau N2000 dédié en Bourgogne 

Petit rhinolophe © L. Jouve
Petit rhinolophe © L. Jouve

Bon nombre d’espèces de chiroptères font l’objet de dénombrements en hiver dans leurs cavités d’hibernation (grottes, souterrains, ponts...) et en été sur les gîtes de reproduction. Certains gîtes accueillent parfois des effectifs très élevés, ce qui leur confère un enjeu fort justifiant un suivi régulier, bien souvent réalisé par des bénévoles naturalistes. Une multitude de cavités dispersées peuvent également accueillir certaines espèces en moins grands effectifs, mais pourraient toutefois jouer un rôle non négligeable dans le maintien de leurs populations. Par ailleurs ce système est dynamique et les effectifs dans les cavités peuvent parfois évoluer fortement en quelques années.

La région Bourgogne a une forte responsabilité en termes de conservation des Chiroptères, avec plus de 15000 individus recensés en période hivernale pour quatre espèces de l’annexe II de la Directive habitats : Grand murin (Myotis myotis), Murin à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) et Petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros). Cette dernière espèce fait également partie des espèces phares de la région pour la période estivale, avec plus de 400 colonies de mise bas connues actuellement.

Que cela soit pour la période hivernale ou la période de reproduction, le grand nombre de gîtes connus et la découverte continue de nouveaux gîtes ne permet pas de maintenir des comptages sur l’ensemble de ces gîtes. Ceci conduit les observateurs à abandonner le suivi de certains au détriment d’autres. Cependant l’exploitation statistique des données ainsi collectées sans plan d’échantillonnage formalisé pour estimer des tendances de population est difficile, voire impossible.

La Société d’histoire naturelle d’Autun coordonne ces suivis depuis plus de 20 ans qui sont réalisés par un réseau de bénévoles (Groupe Chiroptères Bourgogne). Elle souhaite donc développer et mettre en œuvre un protocole reposant sur un plan d’échantillonnage rigoureux permettant d’estimer ces tendances à l’échelle régionale.

Premiers résultats attendus en 2021

Xatardia scabra plante éboulis © T. Couturier
La Xatardie rude, plante rare d'éboulis © T. Couturier

Suivi démographique transfrontalier de Delphinum montanum et de Xatardia scabra,  plantes d’éboulis, rares et menacées, de l'est des Pyrénées (Fédération des réserves naturelles catalanes)

Depuis 2012, le réseau FloraCat réunit botanistes et gestionnaires d’espaces naturels des Pyrénées-Orientales et d’Ariège, de Catalogne et d’Andorre dans l’objectif de mettre en place des suivis communs de 10 espèces floristiques d’intérêt majeur pour l’Est des Pyrénées (espèces en limite d’aire de répartition, refuges ou encore endémiques).

Il s’agit ici d’évaluer deux protocoles déployés dans le cadre de ce réseau et les modifier le cas échéant. Ces protocoles visent à connaître les tendances d’abondances de deux espèces d’éboulis, ainsi que leur dynamique (individus reproducteurs et non reproducteurs, recrutement, …) Enfin, certaines questions de gestion des sites, telles que la pression de l’abroutissement ou le renforcement des populations, pourraient être abordées.

Premiers résultats attendus en 2021

Suivi stationnel des tendances de l'abondance d'espèces végétales "à éclipses" en Haute-Savoie - Les cas du Liparis de Loesel et du Glaïeul des marais 

gladiolus palustris glaieul marais
Le Glaïeul des marais, une espèce "à éclipses" © T. Couturier

Les espèces « à éclipses » sont définies comme des espèces végétales ayant la capacité à fleurir si les conditions écologiques leur sont favorables. Dans le cas contraire, elles restent sous forme de réserve (bulbe, rhizome tubérisé, graines …) en attendant de meilleures conditions. Plus généralement, il s’agit d’espèces dont les observations visuelles sont difficiles à prédire d’une année sur l’autre.

Ce trait démographique propre aux plantes à éclipse complexifie l’estimation et l’interprétation de tendances de populations, ainsi que l’évaluation de l’efficacité d’actions de conservation mises en place par les gestionnaires d’espaces naturels.

Asters réalise des suivis sur plusieurs espèces « à éclipses » en Haute-Savoie. Parmi elles, le Liparis de Loesel (Liparis loeselii) et le Glaïeul des marais (Gladiolus palustris) sont des espèces « vulnérables » en région Rhône-Alpes. Inféodées aux milieux humides, elles sont suivies depuis plusieurs années sur une grande partie des réserves naturelles de Haute-Savoie. Une pré-analyse des données existantes permettra de fournir des préconisations sur la poursuite du protocole. Compte-tenu des difficultés à les détecter sous certaines conditions, certains tests pourront être conduits afin de contrôler ce biais. Certaines des préconisations pourraient être généralisables à d’autres espèces à éclipses.   

Premiers résultats attendus en 2021

Evaluer le niveau de complétude des inventaires obtenus avec le protocole Syrph The Net (StN) dans les espaces naturels protégés en France  

Anasimiya lineata
Anasimiya lineata, une espèce de Syrphidae © Colette Seignez

Les syrphes utilisent quasiment tous les compartiments des écosystèmes et possèdent des relations trophiques variées. Le protocole « Syrph The Net » utilise ces diptères comme bio-indicateurs pour évaluer l’intégrité écologique d’habitats ou de sites (complexes d’habitats). Ce protocole est déployé en France sur 83 sites gérés par plus de 35 organismes (Réserves naturelles, CEN, ENS, etc.).

Le protocole consiste à inventorier l’ensemble des espèces de la communauté d’un site, piégées au moyen de tentes Malaise. La liste d’espèces observées est ensuite comparée à une liste d’espèces « attendues » obtenue selon la localité du site et selon les habitats présents. Les espèces « manquantes » permettent alors de poser des diagnostics afin d’identifier les compartiments ou processus de l’écosystème faisant défaut.

Aujourd’hui, les difficultés portent sur la capacité à quantifier le niveau de complétude des inventaires et à identifier les paramètres qui pourraient influencer ce niveau de complétude (traits de vie des espèces, habitat…). Les réponses à ces premières questions permettront, à terme d’optimiser la stratégie d’échantillonnage (nombre de tentes, durée de pose…).

Premiers résultats attendus en 2021

Caractérisation de l’occupation spatiale de Dolomedes plantarius en lien avec la restauration éco-hydrologique de marais tourbeux alcalins (Conservatoire d’espaces naturels de Picardie)

Dolomedes plantarius (Nicolas CARON)
Dolomedes plantarius, une espèce vulnérable  © Nicolas CARON

Les Dolomèdes sont des araignées vivant exclusivement à proximité des zones humides pérennes (marais, bords de rivières calmes, tourbières, etc.). L’une des deux espèces présentes en France métropolitaine, Dolomedes plantarius, est classée « vulnérable » sur la liste rouge mondiale des espèces menacées. Les populations du nord de la France représentent un réel enjeu pour sa conservation.

Le projet européen LIFE Nature « Anthropofens » vise à restaurer 480 ha de tourbières alcalines dans 13 sites Natura 2000, en régions Hauts-de-France et Wallonie, pour une durée de 6 ans. Les travaux de restauration écologique consistent notamment à rétablir un fonctionnement hydraulique naturel. Des suivis écologiques sont envisagés sur toute la durée du projet en particulier en début (2020-2021) et fin de projet (2024) afin de comparer l'état des sites avant et après travaux.

Dolomedes plantarius a été retenue comme indicateur de suivi de l’efficacité des travaux. Toutefois, il s’agit d’une espèce dont la détection est faible et probablement variable dans le temps et dans l’espace. Par ailleurs, la distinction avec l’autre espèce de Dolomède, également présente sur certains sites, peut s’avérer complexe. Plusieurs techniques seront testées pour estimer l’influence des paramètres environnementaux sur l’occupation de cette espèce au sein des sites, en lien avec les travaux de restauration programmés.

Premiers résultats attendus en 2021