Micropolluants urbains : quelles actions possibles ?

Face aux enjeux écologiques et sanitaires associés aux micropolluants urbains, plusieurs types d'actions sont envisageables, au nombre desquelles celles consistant à sensibiliser et accompagner les utilisateurs de produits chimiques (professionnels ou particuliers) vers des pratiques et usages plus écologiques, ou celles consistant à traiter les rejets, que ce soit en amont ou en aval des réseaux d'assainissement.

Les stratégies nationales de gestion des micropolluants urbains

En France, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte prévoit que l’État, les collectivités territoriales et leurs groupements, ainsi que les établissements publics ne peuvent utiliser ou faire utiliser des produits phytopharmaceutiques pour l’entretien des espaces verts, des voiries ou des promenades accessibles ou ouverts au public depuis le 1er janvier 2017, en dehors des exceptions prévues par la loi. Dans le même cadre législatif, les produits phytopharmaceutiques « de synthèse chimique » ont été interdits depuis 1er janvier 2019 pour les utilisateurs non professionnels.

S'agissant des micropolluants véhiculés par les eaux urbaines, les pays occidentaux adoptent progressivement diverses stratégies de lutte. L'Ineris a récemment réalisé un benchmark international des stratégies de réduction des rejets de micropolluants par les eaux usées urbaine, en étudiant notamment quatre pays : l’Allemagne, l’Autriche, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. L'OIEau a également enquêté sur des actions mises en place en Europe pour mobiliser les citoyens et les artisans afin de réduire l’usage des micropolluants.
 

 

En France, les micropolluants urbains identifiés par la Directive Cadre sur l'Eau sont pris en charge au travers d' une note technique ministérielle de 2016 "RSDE-STEU" qui a précisé les modalités de la recherche de micropolluants dans les eaux usées traitées et dans les eaux brutes des stations d'épuration des eaux urbaines (STEU). Elle définit également les modalités de recherche des sources d’émission de ces micropolluants en amont des STEU et d’engagement des collectivités dans une démarche de réduction de ces émissions.

A noter qu'à l'occasion du projet strasbougeois LumiEau-Stra (2014-2019), l'Ineris a  pu initier la constitution d'une "Boîte à outils de
solutions de réduction des rejets en micropolluants"
, en se focalisant pour cette première phase sur 4 polluants visés par RSDE -STEU et identifiés comme significatifs dans les STEU de Strasbourg. Un première version de la base de données des opportunités de réduction pour ces substances est désormais en libre accès.

Sur le volet des instruments financiers, l'Ineris a par ailleurs exploré récemment de façon préliminaire la possibilité d'extension du concept de Responsabilité Etendue du Producteur aux micropolluants, ainsi que d'autres instruments économiques.

 

Des actions complémentaires à mener au niveau territorial

En cohérence avec la récente loi sur la croissance verte, le passage au "Zéro pesticides" dans les villes s'est accéléré. Un guide des solutions "Ma ville sans pesticides" a été mis à disposition pour accompagner ce mouvement.

logo appel à projet Micropolluants

Le rôle des acteurs territoriaux et des collectivités urbaines dans la lutte contre les micropolluants a par ailleurs été interrogé au sein de plusieurs projets du dispositif national "Micropolluants des eaux urbaines".

Les résultats de ces démarches sont restitués ci-dessous:

 

Le rôle des collectivités territoriales

Ces travaux identifient les points de vigilance, les atouts et les leviers pour l'action des collectivités sur les micropolluants, en particulier:

 

 

  • Projet Regard, Bordeaux: 
    • Synthèse opérationnelle présentant le bilan du diagnostic territorial mené sur le territoire de bordeaux métropole, et notamment son chapitre 7 présentant l’approche multi-sources sur une territoire donné, les résultats de l’analyse par source et les leviers d’action par source. Les sources suivantes y sont examinées:
      • pollutions domestiques
      • pollutions pluviales
      • pollutions liées aux activités des services des collectivités
      • pollutions industrielles
      • pollutions hospitalières
    • Rapport sur les gains et les contraintes des actions de réduction des micropolluants dans les eaux urbaines d’un point de vue sociétal

Le projet Regard a par ailleurs formalisé un recueil de fiches synthétiques proposant une sélection des actions de réduction pertinentes qu'il est a priori possible mettre en œuvre à l'échelle d'un territoire urbain, ou au-delà. 4 catégories d'actions y sont considérées:

  • Eduquer et sensibiliser
  • Substituer, réduire à la source
  • Réglementer
  • Traiter après usage

Ce recueil propose également un tri de ces actions par sources (domestiques, hospitalières, collectivité, industrielle, pluvial), et par familles de micropolluants.

A l'issue de ce projet, certaines de ces actions effectivement mises en oeuvre sur le territoire de Bordeaux ont finalement fait l'objet d'un retour d'expérience formalisé: lesquelles retient-on ? quelles sont celles qui sont efficaces, acceptées et économiquement viables et qui pourraient être appliquées soit immédiatement soit après quelques ajustements sur un autre territoire ?

 

 

A voir également: la démarche territoriale du projet Rempar à Arcachon

 

Quels secteurs, quels acteurs à mobiliser sur le territoire?

 

Changer les pratiques quotidiennes ou domestiques

La sensibilisation des citadins à des pratiques ménagères et quotidiennes moins polluantes, et le rôle des acteurs territoriaux à cet égard, ont été investigués dans certains projets du dispositif "Micropolluants des eaux urbaines". Les documents qui suivent ont vocation à inspirer d'autres acteurs territoriaux.

 

  • Concernant le projet bordelais Regard, le coeur des actions centrées sur les pratiques domestiques aura été l'experimentation citoyenne "Eau-Défi" (cf. le rapport et retour d'expérience associés), lors de laquelle plusieurs dizaines de familles référentes se sont livrées à l'aventure de modifier leurs usages quotidiens de produits cosmétiques ou ménagers. En accompagnement de cette expérience, l'équipe projet a aussi mis à disposition de tous un recueil de ressources et de solutions pour réduire l'impact micropolluants de nos activités domestiques, sur le portail de Bordeaux Métropole

 

 

Liens utiles:

 "La société face aux micropolluants"
Guide pratique "Moins de produits toxiques" de l'Ademe
Comprendre pour agir: Micropolluants émis par les usages domestiques et l’artisanat : changer les pratiques pour mieux préserver l’eau (OFB, 2022)

Mobiliser les professionnels de la santé

La question de la réduction des rejets de résidus issus de médicaments ou de produits d'hygiène biocides aura été au coeur de plusieurs projets du dispositif "Micropolluants des eaux urbaines". Plusieurs supports proposant des solutions ou des pistes d'amélioration ont ainsi été produits:

Rilact Actions CHAL
Schéma autoévaluatif proposé en milieu hospitalier dans le cadre du projet Rilact

 

 

Voir aussi notre rubrique "Mise à l'agenda de la question des micropolluants, Secteur de la Santé".

Mobiliser les acteurs économiques

Dans le cadre du projet LumiEau-Stra, l'Eurométropole de Strasbourg a pu formaliser et proposer en partage une démarche d’accompagnement des établissements professionnels pour la réduction des rejets en micropolluants.
 

Voir aussi notre rubrique "Quelles activités émettrices pour les substances DCE"

 

A Bordeaux, le projet Regard a explicité dans son bilan du diagnostic territorial  quelques pistes sur les leviers d'actions concernant la source industrielle. Ce projet a en outre élaboré un cadre de sensibilisation des établissements professionnels, dont les supports visuels pourraient utilement être considérés dans le cadre d'autres démarches locales similaires.

Enfin s'agissant spécifiquement des métiers de l'artisanat, le projet LumiEau-Stra a pu proposer une démarche d’accompagnement des artisans à la réduction des rejets en micropolluants, via la mise en place d’une opération collective sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg.

Lumieau Artisans
Schéma de l'opération collective Artisans prévues par le projet LumiEau-Stra

 

Cette approche générique est consolidée par les retours d'expériences sur certains démonstrateurs mis en oeuvre dans le cadre de ce même projet, concernant certains métiers, en l'occurence:

 

 

Lien utile: Comprendre pour agir: Micropolluants émis par les usages domestiques et l’artisanat : changer les pratiques pour mieux préserver l’eau (OFB, 2022)

Les services de la collectivité

La métropole de Bordeaux, qui pilotait le projet Regard, a exploré en détail les usages de produits polluants par divers services de la collectivité elle-même, et les potentiels leviers de réduction associés. Un rapport public restitue les résultats de cette analyse introspective: Etude de la source collectivité.

Regard Micropolluants dans Services Collectivité

 

Un certain nombre d'actions possibles relatives à ces divers services techniques ont par ailleurs été dégagées et listées dans la partie "source Collectivité" du recueil de fiches actions du projet Regard (cf. p.57).

 

A voir aussi:

 "La société face aux micropolluants"

 

La réduction des micropolluants par les technologies de traitement et d'assainissement

 

Traitements en amont des raccordements au réseau urbain

Dans le cadre du dispositif "Micropolluants des eaux urbaines", deux technologies distinctes ont été testées en termes d'efficacité d'abattement de la pollution s'agissant des rejets d'hôpitaux.

  • Traitement par un bioréacteur à membrane couplé au charbon actif, dans le cadre du projet Rempar, en sortie du Pôle Santé d'Arcachon. L'évaluation de cette technologie y a été menée du point de vue de l'abattement des substances, mais également au regard de la toxicité des effluents.

 

 

Le projet SMS, mené au niveau du territoire du Sivom Saudrune Ariège Garonne, a par ailleurs pu investiguer de nouvelles technologies de traitement (ozonation et osmose inverse) en vue d'abattre les résidus de médicaments issus de filières séparatives de l'urine (toilettes séparatives) ou des eaux grises.

 

Traitements en station d'épuration des eaux urbaines

Lorsque la rétention des polluants à la source n’est pas possible, l’introduction de micropolluants dans les milieux aquatiques doit pouvoir être limitée. Les stations de traitement des eaux usées (STEU) domestiques, qui peuvent être considérées comme un vecteur de micropolluants vers les eaux superficielles, n'ont pas été conçues pour traiter les micropolluants. La Directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines ne prend pour le moment pas en compte les micropolluants, ce qui alerte la communauté des scientifiques (voir à ce propos la récente note de position du groupe d'expert européen Norman).

Le STEU sont toutefois capables d'éliminer une partie des substances présentes en entrée de station.


Le projet de recherche ARMISTIQ (2010-2013) piloté par Irstea et financé par l’Onema avait ainsi pour objectif l’évaluation de l’efficacité de l’élimination des micropolluants en station de traitement des eaux usées domestiques

Le projet ARMISTIQ a montré qu’il est possible d’augmenter les rendements d’élimination des micropolluants dans les stations de traitement des eaux usées. Il est ainsi possible d’optimiser les procédés existants et d’aller plus loin en ajoutant un procédé de traitement complémentaire. Ces actions s’accompagnent toutefois de contraintes techniques d’exploitation et d’une augmentation des coûts de fonctionnement et d’investissement. Par ailleurs, les micropolluants accumulés dans les boues sont peu affectés par les procédés de traitement actuellement utilisés. La réduction à la source reste donc primordiale dans l’objectif d’une réduction globale des émissions de micropolluants.

Voir la synthèse du projet ARMISTIQ - micropolluants et traitement des eaux usées 

 

Projet Regard Rendement de 3 STEU
Projet Regard. Rendements d'abattement des micropolluants pour 3 STEU bordelaises

De nouveaux éléments très significatifs ont depuis été apportés par le projet Regard, lors duquel les taux d'élimination de trois STEU bordelaises recueillant les eaux de près de 900.000 équivalents habitants ont été suivis, portant sur des familles de micropolluants diverses (82 composés dans la filière eau et 42 composés dans la filière boues), tels que les résidus de médicaments, des pesticides, des perfluorés ou des plastifiants. Le report de certains micropolluants vers les boues d'épuration a également fait l'objet de nouvelles évaluations.

Le projet Rempar sur Arcachon a également fourni des données complémentaires précises sur les compositions des eaux en entrée et sortie de deux STEU du bassin.

Le projet  Rilactà Annemasse a aussi apporté de nouveaux éléments chiffrés sur la pollution résiduelle en sortie d'une STEU, en particulier s'agissant des détergents et biocides.

Le projet parisien Cosmetau a documenté avec précision le devenir des divers parabènes dans les divers étages d'une STEU.

Pour finir, le projet MicroReuse mené à La Réunion dans un contexte d'évaluation d'une solution de réutilisation des eaux usées à des fins d'irrigation,  a restitué de nouveaux éléments concernant le transfert de micropolluants urbains au travers d'une Steu équipée de technologies membranaires de type micro et ultrafiltration.

 

L'abattement de la pollution par une STEU dotée d'un étage de traitement avancé (ozonation) a par ailleurs fait l'objet d'un travail spécifique à l'occasion du projet Micropolis-Indicateurs mené à Sophia-Antipolis, mais en observant cette fois la réduction sous l'angle de la toxicité. Un document de synthèse a également été produit qui replace ces résultats dans l'ensemble du projet.

 

Dans un autre optique, l'aspect économique des solutions de traitements avancés des micropolluants en STEU a récemment été exploré par l'Ineris, en comparaison avec des scénarios de substitution des substances dans les produits utilisés en contextes urbains. 

 

Aménagements pour la gestion du pluvial : quelles opportunités pour la réduction des pollutions ?

Plusieurs projets du dispositif "Micropolluants des eaux urbaines" ont traité le sujet de la réduction des micropolluants par les ouvrages de gestion du pluvial. C'est en premier lieu le cas d'un consortium de trois projets ayant en commun d'être bâtis sur des observatoires d'hydrologie urbaine: les projets Roulepur (Paris), Matriochkas (Nantes) et Micromegas (Lyon).

Abattement Micropolluants Pluvial
Projets Roulepur-Matriochkas-Micromegas

 

 

Un colloque de restitution de ces trois projets s'est tenu récemment à Champ sur Marne, qui aura permis de présenté une première synthèse des résultats sur la maîtrise des micropolluants par les divers ouvrages testés.

Plus globalement, ces trois projets sont en cours de finalisation d'un guide au service des collectivités pour évaluer la performance des ouvrages de gestion des eaux pluviales.

 

 

 

En parallèle, trois autres projets issus du même dispositif national ont produits des résultats innovants à partir de divers pilotes de terrain: